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Littérature française


  La tradition littéraire de l’Ecole normale porte d’abord la marque de ceux qui furent ses élèves, Péguy, Romain Rolland, Sartre, Gracq. On se souvient moins des maîtres de cette époque. Mais on peut rappeler qu’avant la réforme de 1904, qui la réduisit à une annexe de l’Université de Paris, Ferdinand Brunetière y enseigna ; le grand critique réactionnaire, hostile à la nouvelle érudition, en fit un des derniers bastions de résistance à Baudelaire. Puis Gustave Lanson dirigea l’Ecole dans les années vingt, donnant à Sartre l’occasion de mettre en scène, pour la revue annuelle, Le Désastre de Lang’son. Dans cette période de son histoire, l’Ecole n’avait comme enseignants que des agrégés-répétiteurs, les caïmans ; les cours se donnaient en Sorbonne. C’est autour des caïmans que se forma à l’Ecole, dans le cours des années soixante, une contre-culture illustrée par Derrida et Althusser, couronnée par l’invitation du séminaire de Lacan ; Alain Badiou aujourd’hui en perpétue l’esprit.

Michel Charles prit ses fonctions dans ce contexte. Issu de la promotion 1966, il devint caïman dès la fin de ses études et le resta, sans faire de thèse ni se soucier de carrière académique : il était à sa place et n’en souhaitait pas d’autre. Il inscrivit durablement les études littéraires de l’Ecole dans le courant issu du structuralisme, auquel Gérard Genette venait de donner, avec la suite des Figures, un puissant outillage méthodologique. Il leur imprima ce qu’avec le recul on peut appeler un tournant rhétorique. C’est d’ailleurs à la Rhétorique de la lecture qu’il allait consacrer en 1977 le premier et le plus important de ses livres. Le déplacement vers la lecture marque bien la position de Michel Charles comme celle d’un pédagogue, ce qu’il fut au fil de ses cours d’agrégation et d’un séminaire qui d’une année à l’autre, ne cessa d’afficher : « Questions de théorie littéraire ». Il était par préférence dix-septièmiste, et c’est d’abord dans ce domaine des études classiques que ses élèves allaient faire souffler un vent nouveau. Son nom est aussi lié à la revue Poétique  ; mais il s’agit d’une autre entreprise, dont les liens avec l’Ecole ne sont qu’intellectuels. Pendant près de quarante ans, tous les normaliens littéraires ou presque, et beaucoup d’autres avec eux, ont suivi le séminaire de Michel Charles : il fut le maître de lecture de plusieurs générations. Avec le temps, dans sa pratique, cet acte de lecture a tendu à s’émanciper de ses déterminations sociales et historiques, pour se déployer de façon libre et presque absolue dans l’espace des « textes possibles » qu’il engendre. Au tournant des années 2000, ce n’était malgré tout plus la seule voie envisageable.

L’autre personne qui a marqué les études littéraires à l’Ecole est Marie-Christine Bellosta. Elle y devint maître de conférences au début des années quatre-vingts et fut jusqu’en 2015, avec Michel Charles, l’âme du département. Spécialiste de Céline, mais aussi de Hugo et du romantisme, elle incarnait la dimension « normale » de l’Ecole, celle dont la mission est de former les professeurs de la République. Autant qu’enseignante, elle fut éducatrice, bien au-delà des fonctions de tutorat. A travers notre Ecole c’est de l’école tout entière qu’elle se sentait en charge ; elle contribua largement, autour de 2005, à la réflexion sur la réforme de l’enseignement du premier degré. Aux élèves que Michel Charles entraînait sur des voies spéculatives, elle rappelait l’enracinement nécessaire dans le savoir et la méthode ; elle faisait des cours d’histoire littéraire et de philologie. Elle coordonnait la préparation à l’agrégation et en assurait régulièrement la part la plus labile, qui est l’explication improvisée. Mais elle avait aussi développé un riche réseau de relations avec l’université ; et comme elle conservait la mémoire de la scolarité de tous les élèves, et de leurs expériences heureuses ou malheureuses, c’est elle dans bien des cas qui conseillait les thésards et au besoin les plaçait.

Marie-Christine Bellosta comme Michel Charles étaient issus du système où l’Ecole se développait à côté de l’université sans se prétendre une université à part entière, et sans que cela fût attendu d’elle. Avec d’autres comme Jean-Pierre Lefebvre pour l’allemand, Pierre-Yves Pétillon pour l’anglais, ils ont mené ce système à un point d’équilibre presque optimal ; il est compréhensible que certains parmi nos collègues en aient la nostalgie.

Mais autour de l’Ecole, l’environnement universitaire national et international était entré en mutation, et pour tenir sa place dans ce nouveau concert, l’Ecole s’est progressivement redéfinie comme « université de recherche ». La première étape a été la constitution de départements dotés d’un corps d’enseignants structuré et étoffé (en l’occurrence, pour la littérature comparée, les études médiévales, la langue française), et liés aux équipes de recherche qui y étaient implantées. La seconde a été la création de Masters littéraires portés par l’Ecole et cohabilités avec d’autres établissements. Une réforme de la scolarité a été ouverte par la création du diplôme de l’ENS et l’accès à nos enseignements d’étudiants qui ne sont pas issus du concours ; elle continue d’être en chantier.

Le département a essayé d’engager une évolution sans rupture ni renoncement. Par rapport à la période antérieure, les études littéraires ont connu trois inflexions significatives. La tradition philologique a été renforcée et pleinement assumée par la création du Master « De la Renaissance aux Lumières », qui fait une place importante au néo-latin, mais aussi à l’histoire et à la philosophie ; parallèlement le département est associé à un Master d’études médiévales avec Paris-Sorbonne et l’Ecole des Chartes. La théorie littéraire, dont Michel Charles avait fait notre spécialité, a été redéfinie pour tenir compte, principalement, de l’apport des sciences humaines depuis les années quatre-vingt-dix ; elle s’est ouverte à la francophonie et aux études post-coloniales. La cohabilitation du Master « Théorie de la littérature » avec l’EHESS, jointe à Paris-Sorbonne, est la marque de cette inflexion. Enfin l’ITEM, longtemps tenu éloigné du département par son développement d’équipe CNRS, est maintenant davantage associé à nos travaux et apparaît pleinement, en particulier pour Proust et Flaubert, comme un foyer des études littéraires au sein de l’Ecole. L’intégration de l’enseignement et de la recherche est un moyen. La fin, c’est toujours la littérature, ce qu’elle est, ce qu’elle peut être dans notre société et dans notre vie.

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